lundi 26 octobre 2026

Maison du Grand Veneur à Cordes (Tarn, France)

"Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux, Qui par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux ; D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable." Boileau, L'Art poétique (1669-1674), Chant III. Contrairement à l'hôtel du Grand Ecuyer, la façade du Grand Veneur a subit des restaurations lourdes. Les dégradations étaient importantes. Malheureusement, beaucoup d'ouvrages effectués ont été sortis de l'imagination des restaurateurs et souvent très fortement remaniés dans une facture mièvre et à contre-sens d'un point de vue iconographique. La Disneylisation annonçait alors ce que deviendra Cordes, un Cordes-sur-Ciel, décor merdiéval, un piège à touristes. Il reste cependant encore dans leur intégrité un nombre suffisant de sculptures pour appréhender dans leur authenticité leurs qualités et les comparer à celles du Grand Ecuyer. En se fondant sur les remplages des fenêtres, la façade serait postérieure à celle du Grand Veneur. Le Grand Veneur lui répond, bien qu'influencé par le "gothique méridional", mais dans des formes plus archaïques, romanes. On sait que la maison du Grand Veneur appartenait à la famille des Rabastens, fait attesté dès la fin XVe siècle jusqu'à la fin XVIe et laisse supposer qu'elle serait celle qui aurait fait ériger la façade. Pierre Raymond de Rabastens, seigneur de Campagnac pourrait être le commanditaire. Moins de dessin, moins d'anatomie et de naturalisme, les sculptures du Grand Veneur comparées à celles du Grand Ecuyer, puisent dans un fond populaire. La boule en est le canon. Les schémas opératoires partent de volumes clairs et s'y tiennent. Et cela convient parfaitement pour fabriquer du monstreux. Cependant c'est loin d'être grossier ou frustre. Ainsi comme une première ligne entrant en mélée (au pied de la baie au second à droite, photo 1), trois personnages s'engagent, se dégagent d'une composition triangulaire simple. Les têtes sont rondes, hideuses comme on le voit sur le Sean-na-Gig particulièrement hideux et forcément obscène (au-dessous du Sonneur de cor, photo 2). Aucun hybride, des représentations parfois partielles (torses, têtes), mais pour illustrer la nature des antagonistes, la forme du monstre. Les tourments des passions se déploient dans des corps torturés (photos 3, 4). Il s'agit là encore de terrasser le dragon. Toutes celles-ci sont en fausses gargouilles, sauf ce qui fait la renommée du Grand Veneur, la scène de grande et de petite venneries au dessus du premier étage, et qui dépasse son rival le Grand Ecuyer. En haut-reliefs appliqués au mur, elles aboutissent à une véritable frise allant de bout à l'autre de la façade (ce que le Grand Ecuyer amorce avec la Harpie et le Joueur de cornemuse). Le lapin que l'on retrouve ici est grossièrement démesuré comme si on voulait accentuer une grosse blague bien grasse. Cette scène historiée et les autres sculptures nous questionnent là encore, sur le degré de dérision ou bien du caractère culpabilisateur qui se rattache à ces figures moralisatrices.

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